Comprendre et désamorcer les jeux psychologiques : un guide pratique

u as déjà eu cette impression qu’une discussion tourne en rond, que rien n’avance et que chacun repart frustré ? Ces échanges, loin d’être anodins, relèvent souvent de ce que l’on appelle des jeux psychologiques. Popularisés par l’Analyse Transactionnelle d’Éric Berne, ces schémas relationnels inconscients peuvent empoisonner la communication et miner la confiance.
Dans cet article, nous allons explorer ce concept, identifier les rôles typiques, illustrer par des exemples concrets et proposer des stratégies pour sortir de ces pièges relationnels.

Qu’est-ce qu’un jeu psychologique ?

Un jeu psychologique est une séquence relationnelle inconsciente et répétitive où les interlocuteurs adoptent des rôles figés (Victime, Sauveur, Persécuteur). En apparence, la conversation semble rationnelle ou banale (demande d’aide, reproche, conseil). Mais sous la surface, elle suit un scénario implicite qui mène presque toujours à une issue négative : frustration, culpabilité, colère ou sentiment d’injustice.

Les caractéristiques essentielles

  • Répétition : ce n’est pas un incident isolé, mais un schéma qui revient encore et encore.
  • Inconscience : les participants ne se rendent pas compte qu’ils rejouent un rôle appris dans l’enfance ou dans des relations passées.
  • Double niveau de communication :
    • Niveau apparent : logique, rationnel (« Peux-tu m’aider ? »).
    • Niveau caché : émotionnel, implicite (« Montre-moi que je compte pour toi »).
  • Issue négative : contrairement à une discussion constructive, le jeu se termine par malaise ou conflit.

Pourquoi ces jeux existent-ils ?

  • Origines dans l’enfance : nous avons appris certains rôles pour obtenir attention, amour ou protection. Ces stratégies deviennent automatiques à l’âge adulte.
  • Besoins psychologiques cachés : derrière chaque jeu, il y a une quête implicite : reconnaissance, validation, pouvoir ou contrôle.
  • Économie relationnelle : les jeux permettent d’obtenir une “récompense émotionnelle” (même négative) plus facilement qu’une communication adulte. Exemple : une personne préfère susciter la culpabilité plutôt que d’exprimer directement son besoin.

Dans un contexte professionnel, ces jeux psychologiques peuvent avoir des conséquences directes sur la cybersécurité :

  • Victime : un utilisateur qui se dit incapable de respecter les règles (« C’est trop compliqué »), et finit par négliger la sécurité.
  • Sauveur : un collègue qui contourne les procédures pour “aider” (ex. partager un mot de passe).
  • Persécuteur : un manager qui impose les règles de manière autoritaire, créant résistance et sabotage.

une personne demande de l’aide mais rejette systématiquement toutes les solutions proposées. L’autre finit agacé, et la relation se tend.

Ces dynamiques relationnelles transforment un problème de communication en risque concret pour la protection des données.

Les rôles typiques : le triangle dramatique de Karpman

Le psychologue Stephen Karpman a mis en lumière un schéma relationnel où trois rôles s’entrecroisent : Victime, Sauveur, Persécuteur. Ces rôles ne sont pas des identités fixes, mais des positions relationnelles que chacun peut endosser selon la situation.

La Victime :

  • Posture apparente : impuissance, incapacité à agir, besoin d’aide.
  • Message implicite : « Je ne peux pas, fais-le pour moi ».
  • Bénéfice caché : obtenir attention, soutien ou éviter la responsabilité.
  • Danger : la Victime refuse les solutions, ce qui entretient le problème et génère frustration chez l’autre.
  • Exemple en entreprise : un employé qui dit « Je n’arrive jamais à comprendre ces procédures » mais rejette toutes les formations proposées.

Le Sauveur :

Posture apparente : altruisme, volonté d’aider à tout prix.

  • Message implicite : « Sans moi, tu ne peux pas t’en sortir ».
  • Bénéfice caché : se sentir indispensable, obtenir reconnaissance ou valorisation.
  • Danger : en aidant sans être sollicité, le Sauveur infantilise l’autre et crée une dette émotionnelle.
  • Exemple en cybersécurité : un collègue qui partage son mot de passe pour “dépanner”, croyant aider, mais créant une faille critique.

Le Persécuteur :

  • Posture apparente : autorité, critique, reproche.
  • Message implicite : « Tu es fautif, tu n’es pas à la hauteur ».
  • Bénéfice caché : maintenir le contrôle, imposer sa vision, éviter sa propre vulnérabilité.
  • Danger : génère peur, culpabilité et résistance.
  • Exemple en management IT : un responsable qui impose les règles de sécurité en menaçant de sanctions, sans pédagogie.
Ce qui rend le triangle dramatique si puissant, c’est la fluidité des rôles :
  • La Victime peut devenir Persécuteur (« Tu ne m’aides jamais »).
  • Le Sauveur peut devenir Victime (« Avec tout ce que je fais pour toi… »).
  • Le Persécuteur peut devenir Victime (« Personne ne respecte mes règles »).

Ce basculement entretient le cycle et empêche toute sortie constructive

Comprendre ces rôles est essentiel pour identifier les schémas relationnels toxiques.

Exemples de jeux psychologiques courants

  • “Pourquoi tu ne… Oui mais…” : la personne demande des solutions mais les rejette toutes. Résultat : frustration mutuelle.
  • “Regarde ce que tu m’obliges à faire” : manipulation par culpabilisation. Résultat : l’autre se sent responsable de comportements qu’il n’a pas choisis.
  • “Je t’aide, donc tu me dois” : le sauveur attend un retour implicite. Résultat : dette émotionnelle et relation déséquilibrée.

Ces jeux sont fréquents en entreprise, en famille ou dans les couples, et ils minent la confiance

Comment les repérer ?

Un jeu psychologique n’est pas toujours évident à identifier, car en surface la conversation semble normale. Pourtant, certains signaux récurrents permettent de les reconnaître :

Cette illustration synthétise les principaux signaux permettant de repérer un jeu psychologique dans les échanges professionnels ou personnels. À travers quatre scènes visuelles — sensation de déjà-vu, issue négative systématique, absence de solution réelle et sentiment de tourner en rond — elle met en lumière les dynamiques relationnelles qui bloquent la communication. Chaque exemple est doublé d’un parallèle en cybersécurité, soulignant comment ces mécanismes peuvent aussi fragiliser la protection des données et la coopération au sein des équipes. Un outil visuel clair et pédagogique pour mieux comprendre et désamorcer les pièges invisibles du quotidien.

Sensation de déjà-vu

  • Explication : les mêmes dialogues reviennent encore et encore, comme si chacun rejouait un script déjà écrit.
  • Exemple relationnel : un collègue répète sans cesse « Oui mais… » à chaque solution proposée.
  • Lien cybersécurité : un employé dit régulièrement « Les mises à jour sont trop compliquées », et refuse systématiquement de les appliquer.

Issue négative systématique

  • Explication : peu importe le point de départ, la conversation se termine par malaise, frustration ou conflit.
  • Exemple relationnel : une discussion familiale qui finit toujours par reproches ou culpabilisation.
  • Lien cybersécurité : une réunion sur la protection des données qui se termine par résistance ou contournement des règles.

Absence de solution réelle

  • Explication : malgré les échanges, rien ne change. Le problème reste entier, car le jeu sert à maintenir le statu quo plutôt qu’à résoudre.
  • Exemple relationnel : un couple qui discute des mêmes problèmes sans jamais avancer.
  • Lien cybersécurité : un service IT qui répète les consignes de sécurité, mais les utilisateurs continuent à partager leurs mots de passe.

Sentiment de tourner en rond

  • Explication : tu ressens que “personne ne gagne”, que l’énergie dépensée ne mène à rien.
  • Exemple relationnel : une dispute où chacun campe sur son rôle (Victime, Sauveur, Persécuteur).
  • Lien cybersécurité : une équipe qui débat sans fin sur la complexité des règles, mais ne met jamais en place de solution concrète.

Stratégies pour les désamorcer

  • Identifier le rôle : reconnaître si tu es en position de victime, sauveur ou persécuteur.
  • Refuser le scénario caché : répondre de manière factuelle, poser des limites claires.
  • Favoriser une communication adulte : parler directement de ses besoins (“J’ai besoin de soutien”, “Je préfère décider moi-même”).
  • Exprimer ses émotions sans manipulation : dire “Je me sens frustré” plutôt que “Tu m’obliges à…”.

Le but est de sortir du triangle dramatique et d’entrer dans une relation équilibrée.

Application pratique

  • En entreprise : éviter les conflits répétitifs entre collègues ou managers. Exemple : un employé qui se plaint sans accepter de solutions.
  • En famille : sortir des schémas de victimisation (“Tu ne m’écoutes jamais”) ou de sauvetage (“Je fais tout pour vous”).
  • En éducation : apprendre aux jeunes à exprimer leurs besoins clairement, sans manipulation ni rôle imposé.

Ces outils sont utiles pour les managers, enseignants, parents et consultants.

Les jeux psychologiques sont des pièges relationnels inconscients. Les reconnaître et les désamorcer permet de :

Construire des échanges authentiques basés sur la responsabilité et la confiance.
En intégrant ces notions dans la vie quotidienne, chacun peut développer une communication plus saine. On peut aussi renforcer ses relations dans sa vie professionnelle.

Gagner en clarté dans ses relations.

Éviter les conflits répétitifs.

Sources : LES JEUX PSYCHOLOGIQUES TRANSFORMATEURS (French Edition)

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